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lundi 26 décembre 2016

Timeless (pour faire suite à The Time Tunnel revisited)


 


TIMELESS
(Pour faire suite à The Time Tunnel revisited) 

Au milieu de l'été 2016, les revues à potins d'Hollywood annonçaient, pour la rentrée de septembre, une nouvelle série sur le réseau NBC dont le thème central serait un voyage dans l'histoire des États-Unis. L'article y présentait la rencontre avec les deux réalisateurs de série, Eric Kripke et Shawn Ryan.

Timeless de NBC adopte une vision plutôt négative de l'histoire.

Comme la plupart des autres séries de voyage dans le temps, le prochain drame de Shawn Ryan (
The Shield) et Eric Kripke (Supernatural) enverra ses personnages (joués par Abigail Spencer, Malcolm Barrett et Matt Lanter) à diverses périodes du temps afin de désordonner le cours de l'histoire. Mais l'élément-clé qui distingue la série de la surabondance de spectacles historiques, c'est qu'elle va critiquer ces différentes époques, plutôt que de les célébrer.


"C'est une attaque viscérale et à fond de train contre l'histoire et nous ne la recouvrons pas de sucre", a déclaré Kripke mardi lors de la tournée d'été de la Television Critics Association, soulignant spécifiquement comment le principal personnage Noir de la série, Rufus, sera confronté aux racismes des différentes époques : "La réalité est qu'il va faire face à toutes sortes de racisme dans les périodes où il se retrouvera, et qui seront spécifiques à ces périodes particulières."

Kripke a ensuite expliqué qu'en critiquant l'histoire, il y avait une intention volontaire des scénaristes. «Une chose que nous nous sommes dits quand nous avons eu idée de la série, est que l'histoire que nous savons est celle racontée par les Blancs riches et bien en place - et pourtant il y a une histoire non dite vue d'une perspective minoritaire et d'une perspective féminine». Puis, ajoutant : "C'était une décision très intentionnelle et consciente que de nos trois voyageurs de temps, un soit afro-américain et une autre une femme, parce que nous cherchions vraiment une voie afin de pénétrer à l'intérieur de ce non-dit, et non seulement répéter l'histoire emblématique connue de tout le monde. Nous voulions un récit vraiment passionnant; une histoire fraîche qui ne soit pas poussiéreuse ni une leçon d'école ... à partir de laquelle pouvoir franchement commenter sur ce qui se produit, réellement, aujourd'hui.

Timeless retournera à plusieurs moments emblématiques de l'histoire. Parmi eux : l'assassinat du président Abraham Lincoln, 1962 à Las Vegas, l'Alamo, Watergate, l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et la course spatiale au 20e siècle. Qu'est-ce que les téléspectateurs ne devraient pas voir? Les débuts des pyramides, la Grèce antique, les châteaux médiévaux ou le Colisée, les producteurs le confirment.

Pour sa part, Ryan a discuté du format «histoire de la semaine» de la série, révélant que ce sera environ 80 pour cent du contenu de l'épisode. "Chaque épisode, nous allons revenir à une époque emblématique de temps et de les envoyer sur une aventure épique. Au début et à la fin des épisodes, nous allons avoir des intrigues en cours, mais il est important ... que ce ne soit pas le genre de série qui tombe dans un trou de lapin sérialisé et que le spectateur s'y perde», a-t-il ajouté. Les concepteurs de la série veulent beaucoup plus la réaliser à la manière des films Back to the Future et Quantum Leap plutôt que le film 12 Monkeys. «Le voyage dans le temps est quelque chose que nous utilisons comme un dispositif pour raconter cette charmante aventure épique, historique - et, oui, nous allons avoir des choses personnelles importantes ... [mais] espérons qu'ils ne viendront pas empêcher les gens qui manqueraient un épisode de profiter du suivant. 

L'histoire de la série est elle-même remplie de rebondissements. Le projet débute en fin août 2015 et le 21 janvier suivant, le réseau commande l'épisode pilote. Celui-ci est assez bien accepté puisque le 13 mai, le réseau Fox annonce la commande du projet de série sous son titre actuel avec une commande de 13 épisodes qui seront diffusés durant la saison 2016/2017. Tout va bien jusqu'à une semaine de la diffusion du premier épisode, lorsque le 27 septembre, le producteur de la série espagnole El Ministerio del Tiempo, poursuit Sony et impose une injonction sur la diffusion de la série pour similarités. En fait, une version américaine de cette série espagnole était en préparation, mais les négociations avaient pris fin en août 2015, à l'annonce du projet de Timeless. Le 1er novembre 2016, devant le succès remporté par la série, NBC commande 3 épisodes supplémentaires pour un total de 16.

Le titre de la série est Timeless Intemporel -, qui peut être interprété de différentes façons. Dans la mesure où, comme les deux concepteurs le disent plus haut, il s'agit exclusivement de l'histoire américaine : donc, pas de pyramides d'Égypte, pas de cheval de Troie, pas de conquérants mongols, le monde non-américain serait-il le seul à se voir prisonnier du temps?

Si nous avions à faire un parallèle avec une autre série dans le genre, ce ne serait ni avec Back to the future, ni avec Quantum Leak; mais bien avec Time Tunnel, la série produite par Irwin Allen au milieu des années 1960. La facture de Timeless rejoint beaucoup celle de Time Tunnel, nonobstant le perfectionnement acquis par la production télévisuelle depuis un demi-siècle. Déjà que le coût d'un épisode de Time Tunnel pouvait être assez cher, on s'imagine à peine celui d'un épisode de Timeless. Il suffit de comparer deux épisodes sur thème identique (l'assassinat de Lincoln ou l'Alamo) pour le constater. La grande différence, et elle est majeure, dans Time Tunnel, les deux voyageurs dans le temps se perdaient et une équipe tentait de les faire revenir, passant ainsi d'épisode en épisode, d'une époque l'autre, d'un endroit au suivant. Les deux voyageurs pouvaient se retrouver aussi bien à Troie au moment de la chute de la ville que dans l'Asie centrale à l'époque de Marco Polo que durant la Guerre de Sécession ou à Pearl Harbor. Ainsi le côté exotique de l'aventure l'emportait-il sur ce qui viendra par prédominer au fur et à mesure que Timeless se développe : un récit conspirationniste qui mobiliserait toute l'histoire américaine.

Time Tunnel avait l'avantage de s'en tenir à une intrigue principale même si chaque épisode imposait une intrigue secondaire. À la fin de chaque épisode, on en arrivait toujours au même point et on a jamais su comment les voyageurs du temps étaient revenus chez eux, la série n'ayant fait qu'une saison. C'est un risque qui n'échappera pas non plus à Timeless considérant les ruptures brutales de contrats dans le monde de la production télévisuelle où le diktat est celui des cotes d'écoute.

Pour Timeless, c'est dans l'histoire des États-Unis que le temps est aboli. Il ne l'est pas par une errance des voyageurs du temps, ceux-ci revenant à leur base à la fin de chaque épisode. Timeless, c'est le complot d'une dynastie qui se révèle à la fin du dixième épisode qui clôt la saison d'automne 2016, celle des Rittenhouse, qu'on apprend à découvrir progressivement d'une escale à l'autre mais sans avoir une idée générale des buts poursuivis par cette dynastie.

L'intrigue commence à la manière d'un vieux film d'espionnage du temps de la Guerre Froide. Il était un soir où des terroristes attaquèrent un laboratoire de la société américaine Mason Industries, s'emparant d'une machine temporelle achevée. À l'arrivée des policiers, les terroristes s'enfuirent à bord de la machine, emmenant avec eux son inventeur, le professeur Anthony Bruhl, et disparaissant dans le temps...


Je ferai ici une première digression. La machine perfectionnée, tout comme son prototype qu'on verra plus tard, partagent la forme ovale. Le rappel du tunnel de la série des années 60 est assez évident. Le tunnel était une porte ouverte sur le temps; la machine EST cette porte. Une fois fermée, la Timemachine apporte le présent avec elle. Comme du tunnel du temps soufflaient les vents du passés (l'éruption du Krakatoa; la comète de Halley...), la machine disparaît en faisant voler tous les papiers qui peuvent encore se trouver sur les tableaux de bords du laboratoire. Timeless est bien un retour sur Time Tunnel, bien que les concepteurs ne l'avouent pas.


Mais, revenons au récit. La N.S.A. (la National Security Agency, cet organisme du département de la Défense américaine, responsable du renseignement d'origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d'information et de traitement des données et qui a pris la place fantasmatique que détenait la C.I.A. jusqu'à la démocratisation des communications informatiques) et le président de Mason Industries, Connor Mason – lui-même un Afro-américain -, décident d'envoyer à leur poursuite une équipe composée d'une historienne (la professeur Lucy Preston), d'un scientifique (Rufus Carlin) ami et collègue de Bruhl et d'un sergent-chef des Delta Force, un corps d'élite de l'armée (Wyatt Logan) chargé de tuer Flynn. Obligé de prendre place dans le prototype de la Timemachine volée par les terroristes, d'épisode en épisode, l'équipe réussira (plutôt imparfaitement, faut-il avouer) à déjouer les tentatives des terroristes de modifier le cours de l'histoire des États-Unis. Le fait que l'entrée du prototype prend la forme d'un œil plutôt que d'une porte laisse supposer qu'à l'origine, le prototype avait une fonction essentiellement d'observation, soit de voyeurisme (comme l'écran placé à l'entrée du Time Tunnel). Il s'agissait de regarder les temps passés et non d'y participer comme le laisse supposer la porte de la Timemachine volée.


Ici aussi, nous devons nous permettre une seconde digression. Les deux séries, à cinquante ans de distance, prêtent au gouvernement seul la volonté de faire voyager des hommes dans le temps, et cela sans jamais savoir exactement dans quel but. On pourrait expliquer l'affaire par la quête scientifique, comme dans la nouvelle de H. G. Wells, La machine à explorer le temps, qui en fut le modèle littéraire contemporain, mais Wells envoyait son savant dans le futur, découvrir l'évolution de la race humaine au bout de milliers d'années. Nous retrouvions un peu cet esprit chez les deux jeunes chercheurs de Time Tunnel, mais qu'en était-il des généraux qui commandaient l'entreprise? Certains d'entre eux entendaient assez bien l'usage de l'appareil à des fins peu constructives. Dans Timeless, l'innocence des voyageurs contraste avec la duplicité des promoteurs, en premier de Connor Mason, qui oblige Rufus à espionner ses co-équipiers. Plus que Time Tunnel, Timeless est infecté du virus de la paranoïa, du terrorisme et des agents occultes. Le soldat est un Texan, l'ingénieur est un Afro-américain, enfin, la connaissance historique (Clio) est personnifiée par une enseignante universitaire de l'histoire américaine. C'est en ce sens que les deux réalisateurs opposent l'histoire telle que racontée par les dudes blancs, mâles et protestants à celle de la «nouvelle Amérique» : l'homme blanc, la femme et l'homme noir. La féminisation de l'Histoire opère comme un mythe. L'Histoire est hystérique, imprévisible, irrationnelle, illogique; bref, comme le lui reprochaient Descartes et Valéry, elle échappe à tout ce qui fait l'esprit mâle, ordonné, prévisible, rationnel et logique. Mais, évidemment, la réalité est tout autre. Wyatt réagit plus souvent de manière féminine, hystérique, que Rufus ou Lucy. Rufus, le génie informatique, se sent lui-même écrasé par l'ordonnance de la logique formelle, tandis que Lucy conserve un sang-froid que n'avaient pas les belles des westerns, toujours prêtes à s'emporter, à crier, à hurler... Fin de la seconde digression.

Donc, l'équipe s'engage dans une poursuite avec les terroristes dans le temps. Ceci dit, elle réussit à empêcher certaines de leurs tentatives, mais pas sans conséquences car, à leur retour de mission, elle s'aperçoit que des détails ont été changés dans les manuels d'histoire, mais aussi dans leur vie personnelle. Au retour de la première mission, Lucy Preston découvre son présent modifié. Sa sœur unique, Amy, n'aurait jamais existé tandis que sa mère, qui se mourait d'un cancer des poumons, est retrouvée en pleine forme et ne s'est jamais mariée. De plus, elle fera la rencontre d'un fiancé qu'elle n'a jamais connu et se verra obsédée par l'idée de savoir qui est son père naturel.

Troisième digression. La mère de Lucy est historienne et c'est elle qui a établi le département universitaire dans lequel enseigne sa fille. Là encore, la filiation matricielle de l'Histoire est affirmée. L'Histoire américaine est femme. Si l'Histoire est faite par les hommes, seules les femmes peuvent l'interpréter correctement, et l'enseigner sans tabou. Ainsi, dans le même épisode pilote, Lucy nous est présentée parlant de LBJ (Lyndon Baines Johnson, le successeur de Kennedy) racontant l'une de ses vulgarités bien connues : «"A White House reporter asked LBJ, 'Why are we in Vietnam?' And the president whipped out his genitalia and said, 'This is why.' It's true. He called it Jumbo."» Or, maintenant, la mère se porte à merveille (comme la vieille histoire emblématique) et sa sœur, non seulement n'est pas morte, mais n'a jamais existé! Elle est donc sortie hors du temps (Timeless), alors que tout un passé nouveau, inconnu d'elle-même, ignorée de sa mémoire, force Lucy à éprouver une inquiétante étrangeté.

Retournons à l'intrigue. Le chef des terroristes, Garcia Flynn (Goran Višnjić), serait motivé à détruire l'histoire des États-Unis car, selon lui, une organisation secrète menée par un certain Rittenhouse dirigerait dans le plus grand secret la nation depuis 1778. C'est elle qui serait responsable de l'assassinat de sa femme et de sa fille. Peu à peu se révèle le fait que Lucy Preston aurait des liens sans le savoir avec Rittenhouse par son père qu'elle ne connaît pas. Flynn détiendrait également le journal intime de Lucy venant du futur mais ses co-équipiers ne croient pas à cette mythomanie de Flynn. Pourtant, Lucy reconnaît sa propre écriture dans le journal intime lorsque lui montre Flynn qui, en plus, lui prévoit qu'elle se joindra à lui car ils sont tous les deux dans le même camp, mais qu'elle ne le sait pas encore.

Voilà donc l'intrigue principale qui couvre l'ensemble de la série et dont chaque épisode est une mise en place historique différente de la progression de cette intrigue. Seulement, il faut reconnaître qu'en 42 minuties, il est difficile à la fois de soutenir cette intrigue et de présenter une anecdote historique qui se fermerait sur elle-même. La durée d'un épisode de Time Tunnel était déjà plus longue et il fallait souvent au concepteur tourner les coins ronds pour parvenir à boucler l'ensemble. Or l'intrigue principale était pratiquement inexistante et seule l'anecdote historique emplissait le tout. Il est évident que les épisodes de Timeless ne réussissent pas toujours à tenir ce pari. Finalement, l'Histoire paie le prix de la liberté fictionnelle et l'ensemble de la réflexion critique proposée par Kripke et Ryan ne tient pas le coup.



PILOT

Le premier épisode s'intitule tout simplement Pilot. Autre clin d'œil à Time Tunnel, il est centré autour d'une catastrophe, non plus maritime (le Titanic), mais aérienne : l'explosion du zeppelin Hindenburg, à Lakehurst, au New Jersey, le 6 mai 1937. Au premier abord, il est difficile de savoir pourquoi Flynn voudrait détruire un ballon qui est déjà condamné par l'Histoire? L'explosion du dirigeable a été photographiée et filmée par une grande quantité de journalistes. Au début, Lucy, Wyatt et Rufus craignent que Flynn veuillent sauver le dirigeable, et, effectivement, Flynn parvient à faire atterrir le Hindenburg. Pour la première fois, l'équipe se rend compte que le temps n'est pas un matériau dur et qu'il peut être modifié par la volonté humaine, même si celle-ci provient de décennies ultérieures! Contrairement à Time Tunnel où le destin historique était inscrit dans le temps, matériau dur, Timeless nous dit que le destin historique peut être modelé dans un matière-temps malléable.

Mais le désastre n'est que partie remise. Flynn et ses hommes entendent faire exploser le dirigeable au décollage. Malgré une intervention de dernière minute, une balle perdue perce l'enveloppe du zeppelin qui s'enflamme et le Hindenburg s'écrase au sol. Flynn a gagné son pari, car au départ, l'Hindenburg transportait des dignitaires américains importants sans doute liés à Rittenhouse. À leur retour, l'Histoire a changé et, libérés, les trois voyageurs devront garder pour eux le secret de l'incident sous peine d'accusation de trahison. C'est alors que Lucy découvre que son intervention dans le temps a changé le cours de son roman familial. Lucy, qui se découvrira une mission : celle de sauver l'histoire des États-Unis, se couvre en même temps du roman familial national. Ainsi, Timeless brise le cercle clos du voyage dans le temps qui ne pourrait changer le cours des événements (Time Tunnel) et permet d'accéder ainsi à l'uchronie comme roman national.

La façon dont les concepteurs font intervenir l'uchronie dans la série est plutôt maligne. D'abord, l'histoire que nous apprenons dans les manuels n'est plus la stricte vérité, ou plutôt, la vérité devient relativiste. Entre les erreurs de données et les purs mensonges, nous devenons Timeless. Pour les spectateurs, l'uchronie les plonge dans la théorie de Schrödinger. Le temps se dédouble, devient schizophrénique : d'une part, le Hindenburg a explosé à son atterrissage (version officielle historique), mais il a aussi explosé à son décollage de Lakehurst (version officieuse uchronique). Les deux appartiennent pourtant au même temps. C'est-à-dire que de 1937 à 2016, la version historique l'emporte et nous vivons dans un temps unique; mais après 2016, la version uchronique renverse tout et nous nous retrouvons dans un temps dédoublé. Sur un temps qui apparaît linéaire (depuis 1937), un segment temporel se dédouble (en 2016) : le cours est modifié. Et nous apprenons, suivant en cela la théorie fumeuse du battement d'aile d'un papillon, qu'il suffit de modifier le plus petit élément du cours de l'Histoire pour que l'ensemble de celle-ci soit changée à jamais.

Le temps de l'uchronie (la fiction donnée pour réalité) abolit le temps de l'Histoire (la réalité rabaissée au niveau du mensonge et du secret d'État). Comme dans une fiction lorsqu'un auteur décide de changer l'intrigue, grâce à l'avancement technologique, il deviendrait possible à l'humain de transformer le cours du développement historique. L'explication «scientifique» de la courbe spatio-temporelle, illustrée par le repli d'une feuille de papier, coupe court aux moyens techniques nécessaires pour, effectivement, se libérer de l'emprise de l'immédiat pour se déplacer dans la durée.

Contrairement à Time Tunnel, où les voyageurs du temps n'avaient pas le contrôle de leur périple, Flynn oblige l'équipe à le suivre, ce qui lui donne une longueur d'avance dans le déplacement spatio-temporel. Les scénaristes s'amusent d'ailleurs – souvent comme un malheureux running gag – à jouer sur les courbatures du temps. Dans une scène où le Noir, Rufus, est détenu en cellule comme prisonnier au New Jersey, un État où sévissait le racisme à l'époque, afin de provoquer son geôlier, il lui lance à la figure qu'il y aura dans l'avenir des Noirs américains célèbres, des Prince, des Michaël Jackson, des Michaël Jordan (joueur de basket), et même un Obama qui sera président des États-Unis, et il termine son monologue en l'informant que l'avenir n'est pas de son côté mais du sien... En se libérant de l'obstruction de l'unidirectionnalité du temps (du progrès ou de la décadence), Timeless débouche donc sur une relativité de temps parallèles appelés parfois à s'entrecroiser. Ce qui aura été vrai de 1937 à 2016, ne l'est plus après. Pour un bref moment, deux durées se sont croisées par l'intervention d'individus de 2016 projetés en 1937.

Pourquoi commencer la série par l'explosion du Hindenburg, événement plutôt anecdotique dans l'histoire américaine? La couleur locale (Walter Scott) propre au roman historique est rendue par quelques scènes extérieures : le car de voyageurs et les automobiles, les vêtements, la musique de l'époque, la slot machine et rien de plus. On peut dire que c'est là l'hommage que les réalisateurs rendent au passé. Aucune allusion par contre aux sigles nazis qui ornent les aillerons arrières du zeppelin. L'équipage ne porte pas non plus les brassards nazis de rigueur. La reconstitution de l'intérieur de la nacelle reproduit les photographies que nous avons des vols du Hindenburg (celui-ci avait exécuté plusieurs traversées de l'Atlantique avant la catastrophe, il agissait en tant qu'agent de propagande de la nouvelle Allemagne hitlérienne). On constate que le film Titanic est passé par là.

Timeless s'abreuve à deux représentations sociales de notre époque. D'abord, Flynn, au lieu d'agir seulement dans l'espace par des complots, se déplace dans le temps et entend modifier le cours de l'Histoire afin de perturber le développement du pays. En tant que femme, l'Histoire reprend ici le fantasme où l'avait menée Time Tunnel; nous renouons avec le vagina dentata. La figure féminine, sinon maternelle, du temps renvoie à Clio (cette fille publique dont parlait Valéry et qui, par l'uchronie de Timeless, sera plus putain que jamais) et sa fonction n'est que la longue manducation au cours des siècles de ses enfants à travers les catastrophes et les guerres, de génération en génération. La seconde représentation sociale dans laquelle puise Timeless, c'est celle qui s'est développée à partir du 11 septembre 2001. Un terroriste doit frapper à travers des événements fortement médiatisés – les mythistoires, ce que le journaliste, plus haut, appelle les moments emblématiques -, tant il faut démoraliser la population civile, ici brouiller la conscience historique. L'écrasement catastrophique et spectaculaire du Hindenburg fut la première catastrophe filmée en directe. Comme les explosions du World Trade Center, la radiophonie l'a retransmise en directe, des centaines de clichés, des mètres de pellicules, y compris en couleur et qui ont été utilisés pour la production de l'épisode, nous en laissent le témoignage vivant. L'uchronie sème un seul doute : cette catastrophe a-t-elle eu lieu avant l'atterrissage ou après le décollage? On comprend un peu mieux toute la production de ces films ou vidéos retouchés qui font disparaître l'avion (ramené à l'état d'hologramme) entrant comme dans du beurre fondu dans la seconde tour pour donner l'impression que celle-ci a explosé de l'intérieur. La désinformation n'est plus seulement journalistique; grâce aux média sociaux, elle est devenue historique.


THE ASSASSINATION OF ABRAHAM LINCOLN

Pour des producteurs américains, il est impossible de diriger une série télé ayant pour intrigue le voyage dans le temps sans passer par l'assassinat de Lincoln. Time Tunnel avait également un épisode, mais de l'assassinat de 1865, l'anecdote s'était déplacée quatre ans plus tôt, lorsque des menaces d'assassinat fusaient contre Lincoln lorsqu'il devait se rendre à Washington occuper le fauteuil présidentiel. Lincoln voyageait incognito dans un train spécial, sous la garde d'Allan Pinkerton.

Comme dans l'épisode de Time Tunnel, l'épisode de Timeless commence par le dramatique assassinat, tel que nous le connaissons. À condition de ne pas y regarder de trop près les détails sur la manière dont Booth, l'acteur-assassin, saute de la loge, se brise la jambe et brandit son poignard devant la foule stupéfaite en criant Sic Semper Tyrannis! avant de s'enfuir par les coulisses en traînant la jambe. Ce mythistoire si «précieux» dans la mémoire américaine, si documenté, comment a-t-on pu le brosser aussi sommairement? 

Puis on découvre les traces laissées par la Timemachine de Flynn sur les lieux. Aussi, l'équipe, ses membres vêtus de costumes d'époque, se rendent à Washington pour le 14 avril 1865. Si la tendance complotiste se maintient toujours autour de l'assassinat de Kennedy, dans le cas de Lincoln, le complot était bien réel. Outre Lincoln, c'est tout le pouvoir exécutif qui devait être décapité : le général des forces nordistes, Grant, le vice-président démocrate, Johnson et le Secrétaire d'État Seward étaient suivis par des assassins qui se fixaient le soir du vendredi 14 avril pour agir. Et l'équipe découvre rapidement que Flynn va agir de manière à ce que le complot réussisse complètement. Car, dans les faits, si Lincoln fut effectivement abattu au théâtre Ford, Grant avait pris le train dans le courant de cet après-midi, le présumé assassin de Johnson vira de bord avant de commettre l'irréparable et seul le Secrétaire Seward, alité, fut blessé par son agresseur.

La première opération vise donc à forcer Grant à rester à Washington. Pour ce faire, des hommes de Flynn parviennent à saboter la locomotive, ce qui obligera donc Grant à assister à la comédie durant la soirée. Lucy y rencontre Flynn, mais aussi le fils du président Lincoln, Robert Todd, placé sous les ordres de Grant. Ce dernier sera donc dans la loge présidentielle avec sa femme, mais aussi avec le fils Lincoln qui y invite... Lucy. Ainsi plutôt que d'avoir quatre sièges occupés dans la loge présidentielle au moment de la représentation de My American Cousin – Lincoln et sa femme, Mary et le major Rathbone et sa fiancée -, nous nous retrouvons maintenant avec six sièges occupés – le couple Lincoln, le couple Grant, Robert Todd Lincoln et Lucy -, c'est donc toute la scène du drame qui change.

Flynn s'est lié à la conjuration et domine Booth, qui passe ici pour un être faible et sans caractère qui veut le tuer avec son pistolet Derringer calibre 44 et un poignard, Flynn tente de le persuader de le tuer avec son arme, un semi-automatique! Mais l'acteur s'en tient obstinément à son Derringer et Flynn parvient à immobiliser Booth; il va donc prendre sa place. Ainsi donc, c'est Flynn qui assassinera de deux balles (plutôt qu'une) Lincoln, mais se laissant distraire par Lucy, le fils Lincoln et Grant se jettent sur lui; il décide alors de se jeter sur la scène et, sans rien dire, de s'enfuir. Au retour, l'équipe apprendra que Lincoln a été tué par un inconnu, assez grand, dont on a jamais retracé la piste, abandonnant une arme de fabrication inconnue sur les lieux du crime. Booth n'échappera pas à son destin, ayant été identifié par ses complices.

Grant ayant échappé à l'attentat grâce à Lucy, Wyatt parvient à maîtriser Lewis Powell avant que Seward ne soit blessé. D'autre part, ayant fraternisé avec des soldats afro-américains de l'armée de l'Union, Rufus parvient à détourner George Atzerodt qui attendait l'arrivée du vice-président Andrew Johnson pour l'abattre.

Il faut reconnaître que Timeless est une série plus audacieuse que Time Tunnel. Chaque épisode pose des questions sur notre rapport au temps et à sa relativité. Time Tunnel présentait la durée, nous l'avons dit, comme non-modifiable, la fiction ne compromettant en rien le mythistoire. Timeless nous projette dans l'uchronie. Flynn réussit bien à tuer Lincoln, mais l'ensemble de l'événement est complètement transformé. Ainsi, combien d'autres événements faudra-t-il modifier pour reconnaître que l'Histoire s'est profondément transformée? Chaque événement modifié finit par changer la perception des événements même si l'alternative entre la version historique et la version uchronique repose sur quelques détails. Booth ou Flynn, peu importe, Lincoln a bel et bien été assassiné dans sa loge au théâtre, le soir du 14 avril 1865, mais l'événementialité en est complètement bouleversée. C'est ce que Kripke et Ryan veulent dire quand ils affirment que cette histoire serait complètement différente de celle apprise à l'école. Plus que dans l'épisode Pilot, le dédoublement du temps et la courte séquence où se chevauchent, durant le voyage dans le temps, la version historique et la version uchronique de l'Histoire vont tendre à désaxer le mythistoire. Comme on dit si bien, le diable se cache dans les détails.

Ce second épisode entraîne l'équipe à se poser des questions morales découlant de la capacité même qu'a eue Flynn d'avoir pu modifier l'épisode de l'écrasement du Hindenburg. Si le trio est parvenu à l'aube du 14 avril 1865, pourquoi n'essaierait-il pas d'empêcher l'assassinat de Lincoln? C'est la question qui tourmente Rufus et Wyatt, alors que Lucy, historienne passionnée par l'œuvre du président, semble si soudée au mythistoire qu'elle n'ose envisager un tel geste. Lucy regarde Lincoln comme Marie, la sœur de Lazare, regardait le Christ lors de la préparation du souper. Wyatt, pour sa part, se demande si le retour dans le temps pourrait empêcher la mort tragique de son épouse. Pourquoi ne pas intervenir dans le temps pour empêcher qu'elle meure? S'il devient possible de modifier le cours du temps pour la nation, pourquoi ne réussirions-nous pas à s'en servir pour soi? Ce refus de modifier le temps – puisqu'il est modifiable – ne condamnerait-il pas toute l'entreprise à tanguer du même côté que l'œuvre malfaisante de Flynn? C'est à ce moment que Lucy se donne la mission de «sauver l'histoire», c'est-à-dire de tout faire pour empêcher que ne se réalise les actions de Flynn, mais déjà Wyatt et Rufus pensent autrement. Le concept relativiste du temps lui donne une telle flexibilité qui contraste avec la structure déterministe, telle que la représentait encore la série Time Tunnel. Un dilemme cornélien se pose qui reviendra tout au long de la première saison de la série.

Or de la fiction et de l'uchronie, on déduit assez vite l'hypothèque qui pèse derrière chaque réécriture de l'Histoire. Chaque nouvelle enquête intervient pour modifier, comme l'avouait l'intention des réalisateurs, le récit consacré d'un événement. Bref, plus que l'Histoire qui est récit psychologique, sociologique, économique, politique et culturel, c'est le mythistoire qui est au cœur de l'entreprise et ce n'est pas là, contrairement aux prétentions de Kripke et Ryan, de faire ressortir le côté sombre, le côté critique de l'Histoire. Nous sommes à cent lieux de l'Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. L'Hindenburg explose au décollage et non à l'atterrissage; Lincoln est tué par un inconnu usant d'une arme qui n'est pas le Derringer de Booth : c'est bien peu de choses comme modifications, et ce n'est pas l'Histoire en soi qui en est affectée, mais le mythistoire. En ce sens, comme les gens retiennent essentiellement les détails «croustillants» de l'Histoire, les modifications apportées au mythistoire risque de défigurer l'Histoire au point de devenir méconnaissable. En ce sens, l'uchronie repose moins dans la fantaisie de la fiction que dans la subjectivité historique des spectateurs.

À la différence des voyages dans l'espace où la conscience modifie ses repères de l'extérieur, le voyage dans le temps les modifie de l'intérieur. À la rigueur, l'Histoire se désagrège, se désintègre en morceaux et non d'un flash, à l'image dont la Timemachine s'éclipse à travers une bourrasque de vent.


«ATOMIC CITY»

Le troisième épisode de
Timeless est le premier d'un diptyque. Flynn se retrouve à Las Vegas, au Nevada en 1962, à la belle époque où Frank Sinatra faisait les beaux jours des casinos. S'y trouvent alors le président Kennedy et sa maîtresse d'alors, Judith Campbell, dont Lucy nous rappelle les traits. Elle fut l'une des entremetteuses les plus efficaces et on peut lui attribuer une part dans l'élection de Kennedy à la présidence de son pays. Elle avait été auparavant la maîtresse de Sinatra et partageait également la couche de Sam Giancana (que l'on voit dans l'épisode), patron de la mafia de Chicago. Judith a facilité le contact entre les deux hommes dans le but que Kennedy remporte les primaires démocrates puis la présidentielle de 1960 grâce à l'achat massif de votes par la pègre. Dans l'épisode, Flynn fait chanter Campbell par des photos intimes d'elle et de Kennedy. Elle collabore donc avec Flynn dans le but de soutirer un trousseau de clefs à un général afin de dérober une charge de plutonium contenue dans une des bombes atomiques que l'Agence d'Énergie atomique expérimente dans le désert du Nevada. À la fin, Lucy nous apprendra le triste sort de Judith, rappelant qu'elle n'accepta de révéler son rôle que vingt-huit ans plus tard, alors qu'elle se mourrait d'un cancer du sein.

La chasse part ici sur une fausse anticipation : croire que Flynn veut tuer Kennedy un an avant le 22 novembre 1963 et impliquer l'assassinat dans la crise cubaine. On y croise J.F.K de même que Marilyn Monroe (nous sommes à quelques semaines avant sa mort). Ce qui était impossible d'évoquer en 1966 dans Time Tunnel est devenu aujourd'hui abordable dans une fiction. La présidence de Kennedy tient de plus en plus au rôle historique du personnage qu'au complot tordu qui mena à son assassinat. Contrairement à l'épisode précédent où le mythistoire de Lincoln tenait davantage à l'événement plus qu'aux trames du complot dans les détails (qui se souvient des rôles de Powell et d'Atzerodt?), le mythistoire Kennedy tient plutôt aux trames du complot, qui demeurent autant d'hypothèses discutées, qu'à la signification historique de l'assassinat. Lucy n'éprouve pas de fascination comparable à celle qu'elle avait pour Lincoln lorsqu'elle croise Kennedy.

Ce n'est que lorsque Rufus rencontre le maître d'œuvre du projet du voyage dans le temps, Anthony Bruhl, enlevé au premier épisode de Timeless, que l'équipe découvre que Flynn est à la recherche de Christy Pitt Ce n'est qu'après un temps de confusion qu'ils comprennent qu'il s'agit du cœur d'un réacteur nucléaire. Après une chasse effrénée, Wyatt, Lucy et Rufus s'aperçoivent qu'ils ont été doublés par Flynn. Que le but n'est pas de faire sauter Las Vegas au moment de la présence de Kennedy, mais d'emporter le cœur nucléaire avec lui, dans la Timemachine perfectionnée, pour le faire exploser possiblement, quelque part dans le temps...

Dans cet épisode, on constate que les co-équipiers dérogent et travaillent pour eux-mêmes. Ils partagent également la volonté d'intervenir pour empêcher le cours inexorable du temps de peser sur leur vie. Lucy se retrouve avec un prétendant on ne peut plus agréable mais qui lui est complètement étranger. Wyatt, lui, envoie un télégramme à la famille de celle qui sera sa femme l'avertissant de la mort qui l'attend. Revenant à la fin de l'épisode, il découvrira que sa tentative a échoué. On a beau manipuler le temps quasi à volonté, mais il y a des forces déterministes qui résistent.

Ce que l'épisode essaie ici de reconstituer, c'est l'atmosphère du début des années 1960 à Las Vegas, ville qui avant de devenir la Sin City, était appelée Atomic City à cause de la proximité des essais nucléaires qui s'y tenaient. 1962 est d'ailleurs une année cruciale. C'est l'année de la grande menace de la crise des missiles que l'Union Soviétique avait installés à proximité de Washington, sur l'île de Cuba. Malgré tout, le monde bascula dans un dégel des tensions entre Soviétiques et Américains. Le décor du Las Vegas des casinos, des mafieux, d'une certaine légèreté de la vie qui contraste avec la proximité des essais d'armes de destruction massive, répond aux critères des couleurs locales qui, selon le maître du roman historique, Walter Scott, le distingue du roman en général. Comme dans les épisodes précédents, la fin s'achève sur une réflexion sur la capacité que nous avons de distinguer du Bien du Mal. Anthony, qui a été kidnappé par Flynn, a-t-il été complice volontaire ou est-il l'otage de Flynn? Au moment où Wyatt aurait pu le descendre, Rufus s'interpose au nom de l'amitié qui le lie à son mentor. Pouvons-nous juger sans savoir des intentions d'un individu prisonnier d'un dilemme dont nous ignorons les contradictions? Contre le soldat Wyatt, qui agit selon les ordres avec un automatisme conditionné d'ex-soldat d'Irak, Lucy et Rufus sont constamment confrontés à la part d'humanité qui ne doit pas être abandonnée, même dans la lutte contre les forces du Mal. Wyatt, malgré son aspect héroïque, demeure un personnage emporté, ressassant son deuil, tandis que Rufus porte la ruse et l'intelligence qu'il met à profit (comme lorsqu'il va chercher des uniformes de serveurs afin de pouvoir se promener en toute aisance entre les mondains parmi lesquels se trouve Kennedy et Flynn). Lucy, en tant qu'historienne, détient l'information qui permet à ses compagnons de se situer et de situer le public devant son écran dans les dédales de l'espace et du temps.


PARTY AT CASTEL VARLAR

L'intrigue apparaît comme la continuité de l'épisode précédent. Flynn et ses hommes ont volé une bombe atomique. Celle-ci serait-elle vendue aux nazis afin de changer le cours de la Seconde Guerre mondiale? On retrace Flynn à Castel Varlar situé en Westphalie, ancienne abbaye des cisterciens (1601) puis des bénédictins, sécularisée depuis 1803, elle sert de lieu de réception au moment où les notables du IIIe Reich vont assister à l'expérimentation d'une fusée V2. Au début, Lucy, Wyatt et Rufus pensent que cette fusée transportera la bombe dérobée par Flynn, permettant ainsi à l'Allemagne nazie de gagner la guerre. Dès que la porte de la Timemachine s'ouvre, les trois voyageurs se retrouvent face à un soldat allemand que Wyatt a vite fait de tuer, ce qui ne va pas sans irriter Lucy. Dans une auberge où ils espèrent entrer en contact avec des résistants, il tombe sur un espion britannique qui n'est autre que Ian Fleming, l'auteur de la série des romans d'espionnage, James Bond.

Évidemment, Fleming n'est pas encore un écrivain et il ne fut jamais un agent de terrain, mais un planificateur d'opérations au sein de la Royal Navy; un agent de liaisons entre les différents services d'espionnage. Ce qu'on voit ici, c'est un peu le personnage de Rudyard Kipling dans un épisode de Time Tunnel qui se déroule lors de la guerre des Cipayes, en Inde : une figure emblématique d'une époque; un mythistoire dont la fantaisie fait briller les yeux de Wyatt et de Rufus. Ce n'est pas Fleming qui est présent devant eux, mais James Bond. Ce dernier utilisera d'ailleurs un gadget de la série lorsque, prisonnier avec Lucy de deux officiers nazis, il profite d'une diversion pour dégainer un pistolet caché dans sa manche d'uniforme de S.S.. De même Lucy, malgré l'insistance de Fleming, refuse de jouer la Bondgirl. Avec ses jumelles, Wyatt les observe à distance et en éprouve une certaine dose de jalousie. La Love-story n'est plus très loin. D'autres références à l'épopée James Bond émergent dans l'épisode, dont le mot d'au revoir à Lucy : We only live twice. À la toute fin, revenus à la base, on leur présentera le poster d'un film de 1964 présentant un film de Bond avec Sean Connery qui reprendra l'épisode de Castel Valnar avec le prénom de Lucy comme celui de la Bondgirl.

Malgré ce ton de légèreté, Party at Castel Valnar poursuit le questionnement moral de la problématique de l'intervention dans le temps et l'Histoire. S'étant portés à la fusée V2, censée être lancée sur la Belgique reconquise par les alliés, Fleming, Lucy, Wyatt et Rufus doivent se cacher au moment où des dignitaires nazis, accompagnés de Flynn, viennent admirer l'engin. Wyatt s'apprête à tuer Flynn lorsqu'un ingénieur allemand s'interpose entre sa cible et lui. Lucy détourne alors son arme de poing en disant qu'il s'agit là de Wernher Von Braun, le concepteur de la fusée mais aussi celui qui développera le programme atomique américain au cours des années à venir.

Plus tard, dans un face à face dramatique, Wyatt et Fleming se demandent pourquoi épargner von Braun considérant qu'il est le meilleur ingénieur de l'armée ennemie ou qu'il n'a pas payé pour les crimes commis par le régime nazi qui l'employait. Lucy rétorque que von Braun va contribuer à recruter près de 1 500 scientifiques allemands issus du complexe militaro-industriel nazi pour lutter contre l'URSS et récupérer les armes secrètes du Troisième Reich. Ces scientifiques effectueront également des recherches dans divers domaines, notamment les armes chimiques (Zyklon B), l'usage des psychotropes, la conquête spatiale, enfin les missiles balistiques et les armes à longue portée. Grâce à la récupération de von Braun à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains développeront leur système de défense durant la Guerre Froide ainsi que le programme Apollo qui conduira les Américains sur la lune en 1969. Mais Wyatt et Fleming demeurent inébranlables à travers leurs frustrations. Pour Lucy, le tuer serait évidemment une catastrophe pour la suite de l'histoire américaine.

Ayant eu le temps d'explorer la fusée avec un compteur Geiger, Wyatt et Rufus découvrent que la fusée ne porte pas d'arme nucléaire. La question se pose alors du rôle de Flynn dans l'affaire. Or, lorsque Flynn et Lucy se retrouvent, à nouveau, elle comprend que Flynn n'est pas là pour faire exploser une bombe nucléaire ou assassiner von Braun, mais l'enlever et le livrer à l'U.R.S.S.. Lorsque Wyatt et Rufus réussissent à faire exploser la fusée, créant une diversion, von Braun échappe à Flynn qui le menaçait de son arme. Retournés à leur refuge avec von Braun, qu'une automobile doit ramener vers les forces alliées avec Fleming, les ressentiments de Wyatt et de Rufus refont surface. Rufus se porte même devant l'ingénieur allemand qui le reçoit avec mépris raciste jusqu'à ce que Rufus lui trace une formule mathématique dans son calepin. Il demande alors à von Braun s'il a conscience du mal que ses fusées peuvent causer en détruisant des villes entières, et von Braun de répondre que sa seule préoccupation est de faire élever des fusées et non de l'endroit où elles tombent, ce qui rappelle le vers de la fameuse Java de la bombe atomique de Boris Vian. Rufus, déçu, quitte alors von Braun qui contemple le ciel et pense déjà à la fusée qui transportera les hommes vers la lune. Une fois de plus, la leçon augustinienne, qui veut que du Mal naît le Bien, parfois autant que de la bonne volonté, est respectée.

Nous apprenons plus des personnages centraux : ainsi, les peurs de Lucy qui, jeune, fut victime d'un accident d'autobus, ce qui la stresse chaque fois qu'elle embarque dans la Timemachine. De même Wyatt avoue sa haine des nazis qu'il a héritée d'un grand-père héros de la Seconde Guerre mondiale et dont l'une des motivations à devenir soldat a été de poursuivre la fierté de la famille par-delà un père violent et indigne. De retour à la base, Lucy impose qu'on trouve un moyen pour lui permettre de récupérer sa sœur sinon elle ne travaillera plus pour Mason. Lucy rappelle que la soumettre à des événements comme l'explosion de l'Hindenburg et l'assassinat de Lincoln l'a fortement bouleversée. Après tout, si elle tombait en de vilaines mains elle pourrait se trouver forcer à révéler tous les secrets de l'avenir... Enfin, nous apprenons que le réacteur nucléaire volé par Flynn doit servir à fournir de l'énergie à leur propre Timemachine.

Finalement, Lucy affirme sa volonté de «protectrice de l'Histoire» contre l'ignorance du soldat Wyatt et de l'ingénieur Rufus. Elle ne veut pas que l'Histoire soit soumise à des déformations comme elle en a connues lors des premiers épisodes. Elle se demande qu'est-ce que l'écrasement du Hindenburg, l'assassinat de Lincoln et l'épisode de Castel Varlar peuvent avoir en commun. En fait, c'est elle qui sauve le soldat, l'ingénieur et l'espion Fleming en reconnaissant sur le pare-feu du foyer le symbole catholique qui permettait jadis aux moines de fuir par un tunnel sous-terrain la persécution luthérienne. Sans elle, l'équipe de Mason ne pourrait survivre à une seule intervention dans le temps. Wyatt pour sa part, ne peut comprendre comment un seul acte anodin, comme celui de tuer von Braun qui apparaît naturel à un espion de l'époque comme Fleming, ne peut être le bon jugement. Wyatt, il est vrai, appartient à un autre combat. Nous retrouvons ici la fable du battement d'ailes d'un papillon... Ce n'est que peu à peu que Wyatt et Rufus finissent par atteindre le niveau de conscience de Lucy : «Je ne suis pas d'accord, réplique Wyatt à Fleming, mais je lui fais confiance» :

Lucy : We should at least try to protect history.
Wyatt : Protect Nazis?
Lucy : No, I'm just saying, there is a bigger picture here.

Bref, l'Histoire est plus que la somme des faits qui la constituent. Cette dimension échappe à l'équipe de savants de Mason et encore, pour l'instant, à Wyatt.

Flynn, dans un face à face avec Lucy, lui parle du complot Rittenhouse dont on apprendra qu'elle pourrait être liée par son père qu'elle ne connaît pas. S'acharnant à lui dire qu'ils seront un jour tous les deux du même côté car lui aussi est un patriote, on découvre peu à peu que les employeurs de Lucy et Wyatt sont des êtres douteux. Connor Mason, qui dirige la mission, oblige Rufus à les espionner en enregistrant leurs conversations. Mason Industries dévoile progressivement une face cachée lorsque refusant de continuer à espionner, Rufus est intimidé par un puissant personnage, Benjamin Cahill, un agent de Rittenhouse, qui ne s'embarrasse pas pour menacer sa famille.


THE ALAMO

L'Alamo semble un de ces mythistoires américains incontournables. Time Tunnel posait également un regard sur cette bataille célèbre qui marque la naissance du Texas, non comme un État américain mais comme un État indépendant, le Texas restant une dizaine d'années (1836-1845) un «pays libre» coincé entre les États-Unis et le Mexique. L'épisode commence par le remplacement de Wyatt rappelé par son supérieur. Au même moment, on apprend que Flynn est au Texas au moment du siège du fort Alamo (23 février-6 mars 1836). À l'écoute de la date, Wyatt – qui est originaire du Texas – n'a pas besoin de la présence de Lucy pour savoir de quel événement il s'agit. Entre-temps, Lucy a une dispute avec sa mère afin de savoir qui est son père. Réponse qu'elle apprendra à la fin de l'épisode.

Que vient faire Flynn dans cette histoire. On ne le sait pas trop au juste, mais on découvre sur lui une dimension tenue cachée jusque-là. À première vue, il apporte de l'or au général Santa-Anna qui dirige l'armée mexicaine. Il y viendrait au nom de la reine Isabelle II d'Espagne. Son but serait d'empêcher le commandant du fortin, William Barrett Travis, de rédiger la dernière lettre, un appel solennel à la liberté et au combat jusqu'à la mort à la base du cri célèbre : Remember the Alamo! De fait, Flynn s'introduit dans l'Alamo et tue froidement Travis non sans lui avoir dit qu'il l'admirait et que, comme lui, il était un patriote. Profession de foi du traître qui revient d'épisode en épisode. Une fois Travis tué, le commandement passe à James Bowie qui, dans l'histoire, était alité depuis le début du siège, même s'il pouvait parfois encourager les troupes; il luttait encore de son grabat lorsque les soldats mexicains entrèrent dans l'église et l'abattirent. On y rencontre également Davy Crockett qui amuse les combattants avec ses exploits merveilleux. Dans un tête à tête avec Rufus, il lui avouera que son combat à main nue avec un ours n'était qu'un pieux mensonge. Mais les combattants ont le courage joyeux qui anime les désespérés.


De ce que nous savons de l'Alamo, peu de choses correspondent à ce qui est développé dans l'épisode – et surtout l'assassinat de Travis. La fameuse lettre de Travis que Lucy s'acharne à réécrire en fonction de ses souvenirs et qui est rappelée au début de l'épisode a été donnée au jeune John W. Smith, le courrier, le soir du 3 mars et non au moment de l'invasion finale du fortin, le 6. Travis y établissait que ses motifs de résistance «allaient au-delà de la solidarité qui liait entre eux les membres de la garnison, au-delà de son orgueilleux désir de défendre les nouveaux foyers qui parsemaient la région. Au-delà de tous ces motifs, nombreux pourtant, il sentait ses compatriotes à l'unisson de son état d'esprit, leur conviction que la liberté, l'indépendance valaient que l'on combattît pour elles, et la croyance que les hommes devaient accepter n'importe quel sacrifice pour atteindre ces buts. En accord avec ces deux symboles, tout était possible; sans eux, rien n'était réalisable. Et une fois son point de vue exposé, il ne mâcha pas ses mots : “Que la Convention fasse une déclaration d'indépendance, alors nous comprendrons – et le monde avec nous – dans quel but nous combattons. Si l'indépendance n'est pas déclarée, je déposerai mes armes, et ceux placés sous mes ordres agiront de même. Mais sous cet étendard, nous sommes prêts à risquer nos vies plus de cent fois par jour...”» (W. Lord. Alamo, Paris, Robert Laffont, Col. Ce jour-là, 1963, p. 168). Il en va de même des femmes et des enfants qui ne furent pas exterminées par l'armée mexicaine, contrairement à la volonté ici présentée de Santa-Anna et à laquelle même Flynn s'oppose. Là s'arrête son rôle. Son échec à susciter le sentiment humanitaire chez le général mexicain présenté, comme jadis, à l'image d'un dément, lui enlève toute action pour la suite de l'épisode. Ainsi donc, la scène où les femmes et les enfants fuient de l'Église de l'Alamo en passant par un tunnel servant jadis d'aqueduc relevant de l'intervention de Lucy et Rufus appartient à la fiction. Les femmes et les enfants furent capturés par l'armée mexicaine mais Santa-Anna refusa de tuer sinon que les hommes faits prisonniers.

Cet esprit de l'Alamo interfère avec le passé de Wyatt qui revient le hanter une fois qu'il se retrouve à l'intérieur de la garnison assiégée et condamnée. Ayant appris que c'est sa dernière mission, Wyatt Logan, d'origine texane, revêt la mission de ces hommes courageux dont il veut partager le destin. Régulièrement, des souvenirs de sa participation à la guerre d'Irak en tant que membre de la très occulte Delta Force américaine viennent le troubler. Des hallucinations confondent les lieux et les soldats de l'Alamo avec les lieux et ses camarades de combats. Au moment où le siège tire à sa fin et que les combattants seront tous massacrés, Wyatt veut rester sur place. Lucy le ramène à sa mission première, la guerre qu'ils livrent contre Flynn. Que si Bowie et Crockett sont solidaires de leurs hommes, lui doit l'être des siens. Au jeune courrier Smith qu'il aidera à faire échapper au carnage, il rappelle qu'on est forcé parfois de faire des choses horrifiantes, mais il faut que ces choses horrifiantes soient faites. Telle est la résignation du combattant à son sort tragique. Revenu à la base, au moment où Wyatt doit quitter, Lucy et Rufus font preuve de solidarité en refusant de continuer la mission si on leur enlève Wyatt. Comme Rufus est le seul ingénieur capable de piloter la navette, le supérieur militaire se résigne donc à laisser Logan à son poste. Ce dernier retrouve donc cet esprit décrit dans la lettre de Travis à travers la résistance de ses deux collaborateurs. Comme le sacrifice de l'Alamo a soudé ensemble les Texans et les Américains, l'épreuve du voyage dans l'Alamo soude ensemble Lucy, Rufus et Wyatt qui, depuis le début, semblait ne pas se sentir partie prenante avec ses deux savants collègues.

Il y a, chez Wyatt Logan, un certain désenchantement de la vie militaire. Si la solidarité et l'esprit de sacrifice sont toujours là, parmi les combattants de l'Irak, les raisons de cette solidarité et de ces sacrifices n'apparaissent plus aussi grisantes que la joie, la légèreté et la sérénité d'esprit des combattants de l'Alamo. Ceux-ci ont une cause qui dépasse leurs personnes, une cause livrée essentiellement dans le message de Travis que Flynn interrompt en tuant le colonel. En soustrayant le message patriotique de l'Alamo, Flynn enlève cet «esprit de sacrifice serein» du mythistoire. Cette sérénité, Logan la retrouve au dernier moment, lorsque Lucy et Rufus se lèvent pour marquer leur solidarité à l'endroit de leur compagnon. Vouloir «sauver l'Histoire», comme l'exprimait Lucy dans l'épisode précédent, devient une cause, quoique plus abstraite à saisir que l'indépendance ou la liberté, mais qui tisse sa propre valeur de l'engagement même de l'équipe de la Timemachine. Pour le moment, Flynn personnifie le Mal, la traîtrise, les valeurs honorables déviées. Comme un démon, il a souillé, il a profané la sacralité matricielle de l'histoire américaine et chacune de ses interventions dans le passé vise à démoraliser les Américains d'aujourd'hui, et là, sans doute, est-ce la mission que les concepteurs lui ont donnée : Flynn participe de la guerre psychologique. Cette démoralisation, qui ne cesse de se répéter depuis la défaite de la guerre du Viêtnam, se retrouvera dans l'épisode suivant qui concerne... le scandale du Watergate! À la veille des tristes élections présidentielles de 2016, le message prend une certaine portée idéologique.


THE WATERGATE TAPE

On pourrait penser ici que l'anecdote historique compte peu. Qu'elle sert de prétexte à révéler les secrets des différents personnages : Flynn, Wyatt, Rufus, Lucy... Au bout du compte, la phrase de Lucy au début : «J'en viens à ne plus savoir ce qu'est la vérité», résume assez bien le malaise qui se développe au fur et à mesure de la suite des épisodes, tout comme elle confronte la simple logique devant l'uchronie. Pire, ces doutes en viennent à ronger l'essentiel de ce qui s'est développé au sein de l'équipe : la confiance mutuelle

L'anecdote : c'est le mystère qui plane derrière le plus grand scandale politique (américain) du XXe siècle. Le trio se rend à Washington D.C. où ils apparaissent, le 20 juin 1972, en représentants de la presse. Voilà trois jours qu'a éclaté le scandale du Watergate. Cette journée-là, aux enregistrements des conversations du bureau de Nixon, que le président a commandés pour servir à documenter l'écriture de l'histoire de son mandat, il manquera 18 minutes et demie lorsqu'ils seront déposés devant le tribunal chargé des poursuites des agents compromis dans l'espionnage des bureaux du Parti Démocrate à Washington. Depuis, on ignore ce qu'il y avait sur cette séquence et on n'a cessé de spéculer sur ce matériel qui a été visiblement effacé. Aussi, le trio doit-il mettre la main sur cette bande avant Flynn. À peine arrivés à Washington sous la couverture de journalistes, Wyatt, Lucy et Rufus s'interposent dans un affrontement entre hippies et officiers militaires, ce qui permet à Flynn de s'emparer d'eux. Attachés dans le repaire de Flynn – qui leur rappelle que c'est le même édifice où ils s'étaient réfugiés dans l'épisode de l'assassinat de Lincoln, il leur lance, non sans ironie : un petit pas pour les voyageurs du temps mais un grand saut pour l'humanité -, ils apprennent que Flynn possède déjà la bande et la leur fait écouter. On y entend Richard Nixon y révéler qu'il subit le chantage de Rittenhouse et qu'il a besoin de trouver quelque chose désigné comme «Doc». Flynn donne à Lucy et Rufus cinq heures pour trouver ce doc qu'ils supposent être un document secret, sinon il tuera Wyatt.

Pour la première fois, les trois voyageurs sont, ensemble, face à face avec Flynn et en son pouvoir. Pour le peu que nous en savions, Flynn ajoutera des éléments à sa biographie. Au commencement, la série le présentait comme un ex-agent de la N.S.A. devenu terroriste international qui aurait tué sa femme et sa fille. En dérobant la Timemachine, il viserait à déconstruire l'histoire américaine. Maintenant, Flynn, se sentant moins menacé, expose ses intentions. Il jure que lorsqu'il travaillait pour la N.S.A., il avait découvert que l'argent qui finançait les Industries Mason servait au projet de Connor Mason et de la mise au point d'un appareil servant à voyager dans le temps, or cet argent provenait du financier Rittenhouse. Quelques jours après avoir révélé à ses supérieurs toute l'affaire, sa maison était attaquée, sa femme et sa fille tuées : “We call them silencers, but they’re not that silent,” ajoute-t-il, jurant qu'il a été doublé par Rittenhouse. Depuis, il voue son existence à se venger en éliminant Rittenhouse avant de revenir chez lui avec la machine et sauver sa femme et sa fille. Pendant que Lucy et Rufus sont à la recherche de « doc », s'engage un échange avec Wyatt, déjà abasourdi par le fait d'apprendre que Flynn disposait du journal de Lucy et qu'elle le savait; que dans ce journal se trouve des détails sur la mort suspecte de la femme de Wyatt. Ce journal, aurait-il été le chercher dans l'avenir? Il manque toutefois des informations dans le journal de Lucy (ce qui est assez curieux pour une historienne qui écrirait ses mémoires), et qui renvoie, symboliquement, aux 18 minutes manquantes de la bande de Nixon. Se sentant trahi, Wyatt écoute les propos de Flynn qui l'interpelle, lui demandant si lui-même n'irait pas sauver sa femme, assassinée? Cette pensée, on l'a vu, avait effleuré l'esprit de Wyatt dans un épisode antérieur. Quoi qu'il en soit, à travers ces échanges de confidences, Flynn et Wyatt (ne serait-ce que par la structure même de leur nom) apparaissent dans un rapport de doppelgänger.

En attendant, Rufus entre en contact avec des membres des Black Panthers d'Eldrige Cleaver. Il apprend que «doc» est une jeune militante contre la guerre du Viêtnam. Or, au début de l'intrigue, Rufus s'est fait interpeller à nouveau par Cahill qui l'avait déjà menacé. Lorsqu'il l'informe qu'il doit se rendre en 1972, Rufus demande ce qui s'est passé cette année-là, question qui amuse Cahill : «Ah! La jeunesse d'aujourd'hui!», référence à l'ignorance de l'histoire de l'ingénieur. Il lui donne quand même un billet avec un numéro de téléphone qu'il devra contacter lorsqu'il sera en 1972. Lucy le surprend à téléphoner et comprend que le message doit livrer «doc» aux hommes de Rittenhouse. Ils parviennent à fuir au moment où les tueurs de Rittenhouse arrivent à la cachette, mais c'est Flynn qui les reçoit et les abat, donnant ainsi du poids aux confidences livrées à Wyatt. Lucy parvient à libérer Wyatt en l'absence de Flynn et tous fuient en conduisant la militante en partance pour l'Extrême-Orient.


Au bout du compte, les trois voyageurs mettent en doute leur sincérité réciproque. Wyatt est frustré par les rencontres secrètes entre Flynn et Lucy et les révélations que contient le journal de Lucy sur la mort de son épouse; Lucy et Wyatt sont écœurés par l'espionnage auquel s'est livré Rufus à leur dépens. Ce n'est qu'à son retour que Rufus comprend que Cahill qu'il a en face de lui est le même qui, quarante ans plus tôt, était au bout de la ligne téléphonique et programmait l'assassinat de «Doc».


L'effet moral sur l'Amérique des révélations du scandale du Watergate au moment où s'amorçait la reddition des Américains devant le Viêtnam communiste avait suffi à discréditer la confiance des Américains dans l'intégrité de leur gouvernement. Les tricheries présidentielles renvoient aux secrets et aux silences qui divisent le trio en fin d'épisode. L'esprit de complot envahit la série, ce qui alourdit l'intérêt du voyage dans le temps, et mutile l'anecdote historique qui de plus en plus perd de son rôle central épisodique pour devenir un prétexte à l'évolution du complot Rittenhouse.


STRANDED

Pour la première fois, l'épisode commence dans le temps, en septembre 1754, aux débuts de la guerre que se livrent la France et l'Angleterre dans la région de l'Ohio. Lucy pense que Flynn entend menacer la vie du jeune George Washington dirigeant l'armée coloniale auprès des forces britanniques. Capturés d'abord par les soldats français, Rufus, Lucy et Wyatt parviennent à s'évader en tuant leur gardien qui est le fils du commandant de la troupe, Louis Coulon de Villiers (qui venait en fait pour venger la mort de son frère, Jumonville, tué par les hommes de Washington un peu plus tôt dans l'année). De retour à la Timemachine, ils y surprennent deux agents de Flynn en train d'opérer un sabotage. Telle était le piège tendu par Flynn d'emprisonner Wyatt, Lucy et Rufus dans une région sauvage et les empêcher de revenir au XXIe siècle. Devant le trou qui perce la coque, Rufus évalue la gravité des dommages. Il pense pouvoir les réparer mais il lui manque des outils, une forge et des matériaux qu'ils iront chercher au fort français (le Fort Duquesne). Autre ressource, le protocole, qui est un message enfoui dans un tube enterré afin de permettre à l'équipe de Mason de se guider pour le récupérer et indiquer ainsi leur position.

À la base, Jiya, qui appartient à l'équipe et a le béguin pour Rufus, rappelle le protocole et Mason retrace l'endroit - plus tôt dans l'épisode, on entendait Lucy décrire la région comme celle où s'érigerait Pittsburgh -, où il entreprend de faire creuser afin de retrouver le tube contenant le message laissé par Rufus. En 1754, commence une poursuite à travers forêts et rivières afin de semer la troupe qui les poursuit, mais le trio est capturé par un parti d'Amérindiens et emmenés à leur camp où ils sont attachés à des poteaux. Attendant le sort qui leur adviendra, le trio qui est en froid depuis le début de l'épisode, froid hérité de l'épisode précédent, Wyatt, Lucy et Rufus renouent confiance. Par-delà l'espionnage de Rufus, le journal secret de Lucy et les frustrations de Wyatt, la solidarité revient devant le danger partagé. Renouant les liens affectifs, ils échangent à propos de leur passé, de leurs regrets, et ce qu'ils partagent maintenant en commun : le danger.

Survient alors le chef de la tribu, une femme de la tribu Shawnee qui se nomme Nonhelema que Lucy reconnaît avec admiration. Celle-ci condamne Wyatt et Lucy à mort mais libère Rufus croyant qu'il est leur esclave. Rufus, libéré, plaide pour ses amis à la chef qui accepte de les laisser partir. Le trio retourne au bord d'une rivière où ils ont découvert le corps d'un soldat français mort. Wyatt revêt son uniforme et le trio se rend au Fort Duquesne. Rufus récupère les objets dont il a besoin pour réparer la Timemachine et se rend à la forge. Wyatt, amené de force à une infirmerie rencontre le médecin qui veut le soigner par une saignée et une injection anale d'une médecine à base de mercure. Cette scène moliéresque se termine par un coup de poing de Wyatt sur la tronche du médecin. Au moment de quitter le fort, la troupe du lieutenant Coulon de Villiers arrive et force la fermeture des portes. Le trio parvient toutefois à s'échapper, à regagner la Timemachine et à la réparer au moment où la troupe française arrive sur eux. Croyant à une machine du diable, le lieutenant ordonne de tirer sur la navette, mais celle-ci disparaît, laissant les soldats stupéfaits et le lieutenant qui se signe.


La tension monte entre Cahill et Connor Mason; l'agent Christopher, discrète jusqu'alors, entreprend une enquête sur Mason. Le fait d'avoir découvert le tube contenant le message de Rufus permet à Jiya de coordonner le retour de la Timemachine à la base. À la fin, autour d'une table de réconciliation, Wyatt et Lucy entreprennent une conversation sur la valeur que prend le journal de Lucy qui est entre les mains de Flynn. Celle-ci perçoit un aspect tragique dans cette situation, malgré son vœu de protéger l'intégrité de l'Histoire. Wyatt la persuade que s'il est possible par la volonté de changer l'Histoire, il est possible pour elle de changer la trame de son journal. Lorsqu'il demande l'opinion de Rufus, celui-ci se cache derrière le fait qu'il s'occupe de physique et non de métaphysique. La liberté de changer l'Histoire renvoie ici à la liberté de changer le cours de sa propre existence. Répétons-le. On ne peut que constater combien le contexte historique devient de plus en plus un décor plus qu'une mise en situation d'un événement. Jamais, dans la série Time Tunnel, les voyageurs du temps n'avaient séjourné durant la période coloniale de l'Amérique, ni même durant la Révolution américaine. Cette chance offerte au trio n'est pas exploitée au-delà d'un vague décor qui n'atteint pas les romans historiques de Fenimore Cooper. Force est de reconnaître, que les concepteurs de Time Tunnel étaient malgré tout plus «respectueux» de l'intégrité historique de départ.


SPACE RACE

Nous sommes le 20 juillet 1969, au moment où le module lunaire d'Apollo XI touche la lune avec ses deux astronautes, Edwin Aldrin et Neil Armstrong. L'un des techniciens de la salle de contrôle assure le succès de l'alunissage. Le soir, chez lui, la Timemachine pilotée par Flynn apparaît dans le jardin devant les yeux éblouis du technicien. Auparavant, Flynn avait été lui rendre visite, en 2016, afin qu'il lui décrive l'appareillage informatique utilisé à l'époque. Lui demandant si sa résidence est la sienne, ce dernier lui répond qu'il y est né, y a grandi et qu'il y mourrait. Aussi, quand 50 ans plus tôt, Flynn se présente devant lui, il le fait tuer par un de ses hommes de main pour lui voler sa carte d'accès. Avec Anthony Bruhl, il entend pénétrer à la NASA et saboter le système de communication entre la base et le module lunaire. Pour Flynn, il s'agit d'effacer cette page glorieuse de l'histoire américaine et faire perdre le fameux «pari à la lune» lancé en 1960 qui défiait l'Union soviétique. Le sabotage de la mission ne pouvant que risquer d'accentuer la Guerre Froide.

Lucy, Wyatt et Rufus se retrouvent donc à la NASA le 20 juillet 1969. En interrompant le système de communication, le centre de commandement perd toute interaction avec les deux astronautes sur la suite des opérations à mener; Armstrong et Aldrin se voient ainsi condamnés à mourir, suffoquer par manque d'oxygène. Comme le dit un commentateur à la télévision, en posant le pied sur la lune, il le mettait dans leur tombeau.

Rufus, l'ingénieur, se promène dans la salle de contrôle déguisé en concierge vidant les cendriers. Épaté, il désigne à Wyatt ceux qu'il considère comme ses héros; alors qu'il balaie la salle du regard, il reconnaît l'astronaute Charles Duke et le directeur de vol Gene Krantz, et lui dit : C'est comme si tous mes héros se retrouvaient dans une seule et même pièce... Et chaque Noël, chaque 4 Juillet en une seule journée. Il donne ainsi une dimension personnelle à l'événement qu'il rappellera dans la scène finale, lorsqu'il sera appelé à confronter Anthony : «Ces astronautes vont revenir à la maison».

À peine Wyatt l'avait-il laissé dans la salle de contrôle, Rufus surprend Anthony, son mentor, qui porte dans une serviette les bobines informatiques capables de rétablir le contact entre la NASA et Apollo XI. Depuis qu'ils se sont rencontrés dans un épisode précédent, en Allemagne nazie, Rufus doute de l'honnêteté d'Anthony et lorsque celui-ci essaie de se défendre, Rufus lui rappelle qu'il l'a abandonné avec ses amis dans les forêts nord-américaines en 1754. Cette fois-ci, il l'envoie tout simplement promener, prenant soin auparavant de lui arracher la mallette. Lorsqu'ils se retrouveront, à la toute fin, Rufus tenant Anthony au bout de son pistolet, ce dernier admettra qu'il fait seulement cela afin de miner les plans du richissime Rittenhouse. Lorsque Lucy lui demande quels sont ces plans, Anthony laisse la réponse en suspens, laissant croire que Lucy pourrait changer de parti dans l'avenir. Se pourrait-il que les efforts pour sauver l'histoire auxquels elle tient soient mauvais et que l'entreprise de Flynn, au contraire, serait de la changer pour le mieux? Il est toutefois difficile d'y croire considérant que les meurtres du technicien pour lui voler sa passe d'identité et d'un plombier sont autres choses que des victimes collatérales...

Comme toujours, Flynn parviendra à fuir devant Wyatt tandis que Rufus et Lucy, aidés par la physicienne Katherine Johnson, parviennent à restaurer la bande informatique originale. Afro-américaine, Johnson (née le 26 août 1918), experte en physique, mathématique et ingénierie spatiale, est à l'origine du développement de l'usage des premiers ordinateurs modernes. C'est elle qui a calculé les trajectoires du programme Mercury ainsi que de la mission Apollo XI. Rufus, qui lui apparaît avec son uniforme de concierge, l'émerveille en dressant au tableau noir les formules qui la convaincront de ses capacités en informatique. Pour lui, les appareils informatiques utilisés par la NASA sont lourds et trop primitifs : «Je me sens comme un coureur automobile derrière les roues d'une Yugo (voiture serbe de mauvaise qualité, l'équivalent de la Lada russe). Il y a plus de pouvoir informatique dans mon grille-pain que dans toutes ces vieilleries». Si les années 60 se présentent peu ouvertes pour les Afro-américains, elles ne sont pas meilleures pour les femmes. Un ingénieur macho, offensant Lucy en lui commandant un café, se fait répondre : «Mon nom n'est pas poupée ou sweetheart ou rien d'autre qui ressemble à un bébé. Les femmes, ici, ont des vrais noms. Je suis sûr que vous pouvez apprendre leurs noms. Ce n'est pas difficile, comme faire du café par vous-mêmes. Vous êtes un scientiste de fusée. Compris?»

Finalement, il y aura peu de dommages pour la suite de l'histoire dans cet épisode, sinon de voir Katherine Johnson élevée comme celle qui sauva la mission Apollo XI. À la fin, le trio en apprendra plus en lisant le rapport secret donnant des informations personnelles sur Flynn obtenues par l'agent Christopher. Comme toujours, chaque épisode pose plus de questions intrigantes qu'il ne donne de réponses claires, ce qui est un défi pour le maintien des fidèles cotes d'écoute. Toutefois, il y a un incident qui éveille la conscience du personnage de Rufus. Obligé de tuer un homme de Flynn afin de permettre à Katherine et Lucy d'assurer la communication avec Apollo XI, Lucy vient lui demander de ses nouvelles, croyant que son premier homicide lui cause des remords de conscience. Or, tel n'est pas le cas, et cela l'affecte bien autrement : «Lorsque je suis arrivé, j'étais comme un singe savant effrayé par son ombre et maintenant je suis capable de tuer pour défendre ceux qui me sont proches. C'est cela qui m'effraie», et de demander : «Lucy, qu'est-ce que je suis en train de devenir?»

Pour Wyatt, qui appartient au Delta Force, tuer peut passer pour une routine. Pour Lucy, la connaissance historique confine à des récits pleins de violences et de massacres, mais pour un ingénieur habitué à jouer dans les théorèmes et leurs applications pratiques, tuer un être humain est quelque chose de profondément étranger. En cela, Rufus est sans doute le personnage qui évolue le mieux dans la série. Après les avoir refusés, lui aussi doit se confronter aux problèmes métaphysiques. Après 8 épisodes, on suit ses transformations, alors que Lucy et Wyatt restent à peu près identiques à ce qu'ils étaient à leur début. L'ambiguïté du Bien et du Mal se pose sans doute au présent, dans la chasse ouverte au controversé Flynn, qui, en lui aussi, cohabite pourtant une violence non dénuée de tendresse qui s'exprime à travers sa rencontre avec une jeune technicienne de la NASA qui étudie le soir pour se perfectionner en physique et qui doit s'occuper d'un bambin : cette femme qui sera sa mère. Au-delà des individus, des forces obscures par delà bien et mal, agissent de concert à transformer les individus qu'elles se disputent.


LAST RIDE OF BONNIE & CLYDE

L'épisode commence en nous montrant la fin «officielle» des bandits et assassins Clyde Barrow et Bonnie Parker, le 23 mai 1934. Le piège tendu sur la route, l'arrêt des deux fugitifs, le cliquetis des armes à répétitions qui poivrent la Ford V8 beige et tuent leurs passagers; comme à l'ouverture de l'assassinat de Lincoln, tout y est... en principe. L'arrière de la voiture est remplie d'armes volées. Parmi les policiers : Flynn. Il est là pour trouver une clé que Bonnie porte à son cou comme pendentif. L'agent Christopher explique qu'il s'agit là de la clé Rittenhouse dont on ne sait à quoi elle sert au juste.

Wyatt, Lucy et Rufus se retrouvent donc en Arkansas sous la Grande Dépression, la veille de l'événement. Wyatt et Lucy sont dans une banque avec l'espoir d'y trouver la clé. Pour distraire le gérant de la banque, Lucy demande d'ouvrir un compte, ce qui, pour une enseignante d'histoire est un peu étonnant. Oublierait-elle qu'en 1934, pour une telle demande, il fallait la permission de l'époux ou du père, comme le lui rappelle le gérant?
C'est à ce moment que le couple mythique fait irruption, armé jusqu'aux dents. À l'extérieur, les Rangers de Frank Hamer se préparent à riposter. Rufus, qui est resté à l'extérieur, reconnaît Flynn parmi les hommes de Hamer. Bonnie & Clyde sortent de la banque suivis par Wyatt et Lucy. Commence alors la mitraillade. Rufus avertit de loin Wyatt que Flynn est parmi les Rangers. Wyatt se met donc à tirer lui aussi sur les policiers. Les deux couples finissent par se rejoindre et, délaissant la Ford V8 beige criblée de balles, Bonnie & Clyde embarquent dans l'auto de Wyatt et Lucy, laissant Rufus derrière eux. Déjà, on devine que les détails vont se chambouller.

Bonnie & Clyde conduisent Wyatt et Lucy à la ferme qu'ils occupent. Ces derniers justifient leur geste par l'admiration qu'ils portent aux premiers. Ils veulent être les Bonnie & Clyde du Texas, ce qui amène Wyatt à étonner Clyde lorsqu'il lance quelques énormités telles que Lucy et lui auraient dépensé $ 25 000 sur de la gnole! Wyatt se rattrape en transposant sur Lucy le récit de sa demande en mariage à Jessica, sa femme décédée. Lucy se voit forcée de suivre le jeu et les deux finissent par s'embrasser passionnément. Plus tard, on les verra allongés l'un contre l'autre écoutant les poèmes de Bonnie Parker. En retour, Lucy demande à voir de plus près le pendentif de Bonnie. Elle y lit une énigme en latin qu'elle traduit : «The key to medieval time and the key to the end of time», ce qui permet à Wyatt de s'exclamer : «Oh, boy. That's not disturbing at all.»

Rufus, demeuré devant la banque, est soupçonné d'être complice de la bande. Il parvient à s'innocenter en montrant sa carte d'identité portant le nom de ...Wesley Snipes (genre de running gag qui revient périodiquement d'un épisode à l'autre). Flynn le reconnaît et demande à Hamer de lui remettre Rufus. Une fois que le propriétaire de la ferme où s'est réfugiée la bande est capturé, ce dernier révèle à Hamer l'endroit où se cache la gang Barrow et innocente Rufus qui parvient à échapper à Flynn.

Durant la nuit, Wyatt et Lucy sont couchés côte à côte, maladroits parce que serrés dans un lit trop étroit et se demandent comment prendre la clé au cou de Bonnie. Wyatt se lève et au moment de dérober le pendentif surgit le propriétaire de la ferme. De l'extérieur, Rufus attire Wyatt et Lucy qui sont bientôt capturés par un Clyde soupçonneux. Rufus fera entendre un enregistrement sur clef USB de l'entrevue du traître avec Hamer. Clyde l'abattra froidement.

Aussitôt, les Rangers attaquent la ferme. C'est là, en voulant s'enfuir, que Clyde sera tué. Flynn saisira le pendentif au cou de Bonnie qui, rejoignant le corps de Clyde, prendra son arme et les Rangers l'abattront. Wyatt, Lucy et Rufus parviennent à s'enfuir. Lorsqu'ils sont de retour à leur base, ayant échoué à récupérer la clé, Lucy et Wyatt échangent un regard lourd de sens. L'amourette qui manquait à la série fait son apparition, mais elle n'étonne personne. Le soir, Rufus est rejoint par l'agent Christopher qui mène une enquête sur les relations de Mason et le fait suivre au moment où il rencontre Cahill. Rufus l'implore de ne pas mettre sa famille et ses amis en danger, mais doit avouer qu'il s'agit bien là de l'agent de Rittenhouse, le financier derrière Mason.

Certes, l'épisode rend hommage au célèbre film d'Arthur Penn, mais les deux jeunes acteurs ne parviennent pas à nous faire oublier Faye Dunaway ni Warren Beatty. La finale s'achève (peut-être) au National Treasure, lorsque Flynn introduit la clé Rittenhouse dans une horloge antique qui révèle un ancien manuscrit dont on saura probablement le contenu dans l'épisode suivant.


THE CAPTURE OF BENEDICT ARNOLD

Le manuscrit dissimulé dans le mécanisme d'horlogerie se trouve être un document dans lequel il est question du fameux Rittenhouse, et la signature est celle de Benedict Arnold (1741-1801), cet officier de l'Armée continentale américaine qui participa à la tentative ratée de conquête du Canada, montra son héroïsme à la bataille de Saratoga, où il fut grièvement blessé à une jambe et qui finit sa carrière en se vendant à l'armée d'occupation anglaise.

Lucy est appelée avec ses deux collègues à retourner dans le passé, plus précisément en automne 1780, au moment où la guerre d'Indépendance est à un point tournant. Le général George Washington se rend chez Arnold, l'officier en charge de West Point et qui a pris la fuite. Il est reçu par l'épouse d'Arnold, Peggy Shippen, liée avec des membres de l'armée anglaise. Celle-ci ne supporte pas le poste subalterne de son époux et l'encourage à trahir la Révolution. Les temps sont difficiles. L'armée manque de tout. Arnold négocie la trahison de West Point pour une somme de 20 000 £ et un haut rang dans l'armée anglaise. Le major André sert d'intermédiaire, mais il est capturé et pendu. Dans l'une de ses bottes, on a trouvé la correspondance d'Arnold et de Cornwallis. Nous arrivons à ce moment où Arnold doit fuir et rejoindre l'armée britannique à New York.

Lorsque Wyatt, Lucy et Rufus arrivent sur les lieux, Flynn a déjà pris contact avec Washington. Afin d'échapper à Wyatt qui le tient en joue, Flynn leur offre une trêve : l'aider à arrêter Arnold et tuer Rittenhouse, mettre fin à la chasse dans le temps et révéler à Wyatt les détails entourant la mort de sa femme. Dans un rare moment de solidarité, ils parviennent à capturer Arnold – au prix de l'anachronisme du meurtre de sang froid par Flynn de Cornwallis et de la réplique cinglante adressée à Lucy qui s'insurge (Cornwallis devait signer la paix d'Amiens avec Napoléon) : «Ils en trouveront un autre. Il n'y a rien de plus facile à trouver qu'un uniforme pour en remplacer un autre». Or, Cornwallis n'était pas encore arrivé en Amérique au moment de la trahison de Arnold. C'est avec le général Clinton que Arnold négociait la trahison de West Point. La lecture du manuscrit trouvé dans l'horloge par Flynn force Arnold à révéler qu'il travaille moins pour les Britanniques que pour David Rittenhouse. Flynn, Wyatt, Lucy et Rufus décident de se faire conduire par Arnold auprès de celui-ci. Pour le décider, Flynn lui dit que sa femme est détenue par Washington et qu'il allait la pendre pour trahison s'il ne collaborait pas.

Le trio discute à savoir s'il faut tuer de sang-froid Rittenhouse. Rufus et Wyatt sont fermes, mais Lucy hésite. Ils arrivent à la résidence de Rittenhouse. Ils rencontrent d'abord son jeune fils, John, passionné par les mécanismes d'horlogerie autant que son père est fasciné par le temps. Lucy qui l'interroge se fait donner une leçon de politique qui est celle du père transmise par la bouche du fils de 12 ans : Les paysans, comme les aiguilles d'une horloge, sont incapables de décider pour eux-mêmes; ils ont besoin de quelqu'un pour les guider sous les apparences d'une démocratie. Sur cette leçon de la «tyrannie déguisée en démocratie», Rittenhouse apparaît. Il devine tout de suite que les quatre visiteurs sont venus pour l'assassiner. Il avoue tout son mépris à Arnold et – second anachronisme sanglant – le tue. Émerveillé par l'arme futuriste de Flynn, il est sur le point de tuer Wyatt et Flynn et de violer Lucy, quand Rufus pénètre avec un fusil et change la donne. Un combat s'en suit entre Flynn et Wyatt contre les hommes de Rittenhouse. Flynn tue Rittenhouse et décide de partir à la poursuite du garçonnet qui s'est évadé. Tandis que Rufus et Wyatt le cherchent, Flynn le découvre, caché, mort de peur, l'implorant de ne pas le tuer.

Flynn ne parvient pas à trouver immédiatement le courage pour le tuer et quand, enfin, il s'y résout, il trouve Lucy devant lui. S'engage alors une conversation sur la possibilité que le fils puisse dévier de la voie de son père; qu'il est possible à chacun de changer dans le cours d'une existence; qu'il n'est en rien responsable de l'assassinat de sa famille. Flynn refuse de se laisser convaincre et quand il veut tuer John, il découvre qu'il a fui et que Wyatt et Rufus accourent vers les cris de Lucy. Flynn prend colère : “I thought you understood what was at stake,” et tire Lucy par le bras à l'intérieur de sa Timemachine.

Certes, la trahison d'Arnold est une anecdote dans l'ensemble de la guerre d'Indépendance américaine. Arnold se réfugia auprès de Clinton qui lui donna à commander quelques opérations mineures en Nouvelle-Angleterre. Il faisait parti des bagages de l'armée anglaise lorsqu'elle revint en Grande-Bretagne. Sa femme alla le rejoindre un peu plus tard, une fois la paix signée (1783). Il ne reçut pas les récompenses qu'il attendait, pas plus qu'il n'avait réussi à se faire nommer général par le Congrès continental, ce qui était la frustration de sa carrière et l'avait amené à trahir la Révolution et sa cause. Le Arnold de Timeless est encore plus pathétique, car pire qu'un traître, il est le fantoche d'un dément. Le mythistoire est accentué sur son aspect négatif.

Le dixième épisode est peut-être le plus politique de la série jusqu'à présent. D'une part, il montre le vide d'ordre que laisse une situation révolutionnaire et la possibilité qu'entre les belligérants se dresse une troisième force qui entend s'imposer à travers les aléas de la lutte. La résidence de Rittenhouse est littéralement l'embryon d'un État fasciste. Les Noirs y sont plus maltraités que les esclaves des plantations sudistes. La mégalomanie de Rittenhouse, son narcissisme, son obsession nécrophile pour les mécaniques simples en font un sadique à l'image d'un Hitler ou d'un Staline. Semblable au Kurtz d'Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, Rittenhouse entendrait ériger son propre empire au cœur des colonies britanniques en rébellion. Son interprétation de la tyrannie sous le couvert de la démocratie fait écho à l'opinion que Tocqueville se faisait de la démocratie américaine, dont la tyrannie résidait dans la consensualité de ses membres et non dans un pouvoir fort et dictatorial. Cette perversion de l'interprétation libérale de Tocqueville faite par un proto-fasciste, Flynn la perçoit comme une sorte d'ADN maléfique inscrit dans le cours de l'histoire américaine et qui serait la cause de tous les malheurs de cette histoire. Voilà pourquoi lui-même se présenterait comme «patriote» contre l'action dissolvante que les générations de Rittenhouse font peser sur l'Amérique. Évidemment, la fin de l'épisode sert la table pour la deuxième partie de la saison. Mais, fait notable, pour la première fois l'équipe a travaillé de concert avec Flynn et nous voyons mal à cette étape du développement l'ensemble de la logique de sa démarche (puisque c'est lui l'agent moteur de l'intrigue) depuis le début de la série.

L'Histoire est-elle un long complot qui se survit d'un siècle à l'autre dans le but de conduire les nations vers un destin prévisible? Au temps du succès des romans de Dan Brown qui passent en revue Illuminatis, Opus Deï, Rose-Croix et Francs-Maçons; ou des jeux vidéos comme Assassins Creed, ramènent d'époque en époque : des croisades à la papauté des Borgia et à la Terreur révolutionnaire, l'opposition éternelle entre Assassins et Templiers; au temps également où on se plaît à décortiquer les symboles maçonniques sur le dollar américain, l'humeur populaire est à consommer ce type d'intrigues. La paranoïa, un temps écartée après la chute du mur soviétique, est revenu avec le terrorisme djihadiste qui a frappé son grand coup le 11 septembre 2001. L'élection de Donald Trump, et ceci est plus sérieux, se voit entaché de manœuvres étrangères qui créent un précédent dans l'histoire américaine. Donald Trump serait-il l'accès de quelque Rittenhouse à la tête de la plus puissante nation occidentale? Il se peut, après tout, que l'histoire et l'uchronie finissent par se rencontrer en un point quelconque du temps

Montréal
25 décembre 2016

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